Le devoir de conseil fiscal du notaire : un devoir absolu et individualisé

Le devoir de conseil fiscal du notaire : un devoir absolu et individualisé

Rapport du 122e Congrès des notaires de France - Dernière date de mise à jour le 31 janvier 2026
– Les étapes de l'obligation de délivrer un conseil fiscal avisé du notaire. – Le rôle du notaire en matière de fiscalité n'est pas nouveau212. L'inflation législative et réglementaire fiscale l'oblige aujourd'hui à délivrer en la matière un conseil avisé : aucune décision ne doit être prise sans une analyse fiscale préalable. Le notaire doit devenir un véritable « ingénieur patrimonial »213. Il n'est pas tenu, en matière fiscale, d'exécuter un simple devoir d'information. Certes, procéder à une distinction entre devoir d'information d'un côté et devoir de conseil de l'autre, saupoudrée de l'obligation de mise en garde, n'est pas aisé, et pose des difficultés de cohérence. Le notaire ne doit pas se contenter de délivrer une information fiscale aux parties, il doit conseiller les parties. Le caractère hybride du droit fiscal, à la fois branche accessoire et branche autonome des autres branches de l'arbre, oblige le notaire à permettre aux parties d'apprécier la portée, les effets, et les risques fiscaux de leurs décisions. Cette obligation de délivrance d'un conseil absolu et avisé est justifiée par la fonction d'authentification des actes du notaire. Il est à noter qu'il n'existe aucune source légale ou réglementaire de l'obligation du notaire en matière fiscale. Cette obligation est de source purement jurisprudentielle. Sans tomber dans une étude générale du devoir de conseil du notaire, une méthodologie s'impose pour délivrer le conseil fiscal auprès des clients. Tel sera le fil rouge des deux chapitres suivants. Quatre étapes fondamentales et chronologiques doivent être respectées :
  • l'information : le notaire doit récolter toutes les informations, constituant la source permettant de délivrer son conseil fiscal ;
  • la vérification : le notaire doit vérifier l'exactitude des informations récoltées précédemment, et détenir tout justificatif ;
  • la délivrance du conseil fiscal qui n'est pas une obligation statique, mais dynamique ;
  • le contrôle de l'application du conseil fiscal.
En décortiquant ce devoir de conseil fiscal, il en résulte un devoir absolu et individualisé, étudié en deux temps : d'abord l'étendue de la délivrance du conseil fiscal avisé (Chapitre I), puis la mise en œuvre de la délivrance de ce conseil fiscal avisé (Chapitre II).
L'étendue de la délivrance d'un conseil fiscal avisé
– Obligation de curiosité et obligation d'efficacité. – L'obligation de délivrer un conseil fiscal avisé s'impose au notaire aussi bien lors de la réception d'un acte que lors de la réception des clients. Dit autrement, une simple consultation oblige le notaire à exécuter son obligation, même en l'absence de toute signature d'acte. Le caractère avisé et absolu du conseil fiscal délivré par le notaire doit être efficace (Section I), l'obligeant au préalable à être curieux (Section II).
La mise en œuvre de la délivrance d'un conseil fiscal avisé
– Des difficultés dans la mise en œuvre de l'obligation de conseil fiscal. – Le notaire est perçu par les clients comme étant un « expert fiscal »294. Eu égard à l'étendue de son obligation de délivrance d'un conseil fiscal avisé