Une obligation d'intelligibilité

Une obligation d'intelligibilité

Rapport du 122e Congrès des notaires de France - Dernière date de mise à jour le 31 janvier 2026
– Éclairer les parties. – Le conseil fiscal délivré aux parties doit être avisé pour être efficace. L'intelligibilité du conseil fiscal délivré participe de la notion fondamentale du consentement à l'impôt267. Pour consentir à l'imposition, encore faut-il comprendre la règle fiscale. La capacité fiscale du contribuable est alimentée par le conseil délivré par l'officier public ministériel, délégataire de l'État détenant le monopole de la violence légitime268. Dès lors, le notaire doit faire preuve de clarté dans ses explications, ses motivations, et ses conseils vis-à-vis de ses clients (§ II). Cette nécessité d'intelligibilité l'oblige inévitablement à se former à et s'informer de manière continue (§ I).

Une obligation de formation et d'information du notaire

– Une obligation de formation absolue. – L'obligation de délivrer un conseil fiscal avisé et efficace nécessite pour le notaire de se former en permanence. Le notaire doit pouvoir user de ses compétences particulières pour conseiller au mieux les parties. De son statut découle la nécessité d'une obligation de formation générale : il « se tient informé de l'évolution du droit, (…). Il entretient et renouvelle ses connaissances en participant aux actions de formation organisées notamment par ses instances professionnelles (…) »269. Il est rappelé également que cette obligation de formation doit aussi être assurée auprès de ses collaborateurs270. L'évolution constante du droit fiscal justifie amplement cette obligation de formation, qui est absolue. S'agissant d'une obligation inhérente au statut d'officier public ministériel du notaire, cette formation est obligatoire et continue271. La continuité est caractérisée par l'obligation de réaliser des formations « de trente heures au cours d'une année civile ou de soixante heures au cours de deux années consécutives »272. Il convient de rappeler le renforcement de cette formation lorsque le notaire est titulaire d'un certificat de spécialisation273. Le titulaire du certificat de spécialisation « Droit fiscal approfondi »274 doit « consacrer le quart de la durée de [sa] formation continue à ce [domaine] de spécialisation »275. Les conditions de la réalisation de l'obligation de formation doivent être déclarées avant le 31 janvier de chaque année civile auprès de la chambre dont le notaire relève. À cette déclaration sont joints les justificatifs d'exécution de cette obligation276. Le non-exercice de cette obligation de formation continue constitue une faute relevant de la responsabilité disciplinaire du notaire, s'agissant du non-respect d'un règlement constituant un manquement disciplinaire277. La formation continue doit respecter les formes prescrites par les dispositions réglementaires278, à savoir :
  • la participation à des actions de formation, à caractère juridique ou professionnel, dispensées par les centres de formation professionnelle des notaires ou les établissements universitaires279 ;
  • la participation à des formations, habilitées par le Conseil supérieur du notariat, après avis du Centre national de l'enseignement professionnel notarial, dispensées par des notaires ou des établissements d'enseignement280 ;
  • l'assistance à des colloques ou à des conférences à caractère juridique ayant un lien avec l'activité professionnelle de notaire, notamment ceux organisés à l'initiative des conseils régionaux de notaires281 ;
  • la dispense d'enseignements à caractère juridique ayant un lien avec l'activité professionnelle de notaire ;
  • la publication de travaux à caractère juridique.

Conseil

Vérifications préalables de la formation

Avant l'inscription à toute formation et pour se conformer à l'obligation de formation continue, il est conseillé de veiller à ce que la formation respecte scrupuleusement les conditions imposées par les textes. Toute formation ne satisfaisant pas ces conditions ne sera pas admise dans le décompte des heures obligatoires.
– Une obligation d'information relative. – Le notaire doit également s'informer de l'actualité et notamment de « l'économie et de la société »282. Il est important qu'il s'informe des nouveautés relatives au droit fiscal provenant de journaux généralistes ou spécialisés. Un notaire ne saurait justifier de la méconnaissance d'une nouvelle disposition d'une loi de finances comme absence de faute dans l'exécution de son obligation de délivrance de conseil fiscal. Il est à noter toutefois que cette obligation est relative. Son obligation d'information concerne les domaines relevant de sa compétence, notamment en matière fiscale283. Dès lors, le notaire n'a pas l'obligation de s'informer si le domaine concerné n'est pas de nature juridique ou fiscale, telle que l'opportunité économique de l'opération284. Cette relativité de l'obligation de s'informer du notaire pose toutefois la question de sa compétence particulière en matière fiscale. La matière fiscale étant dense, le notaire peut-il arguer de son absence de compétence sur des domaines fiscaux très spécialisés, tels que la notion de prix de transfert ? La compétence du notaire étant à la fois juridique et fiscale, il semblerait, au regard de la jurisprudence actuelle, qu'il ne puisse se retrancher derrière l'étendue infinie du droit fiscal pour ne pas s'informer et se dédouaner de toute responsabilité. À moins, comme l'affirment certains auteurs, qu'il ne s'agisse pas d'une compétence directement attachée à son activité285.

Conseiller nécessite de se former et de s'informer

L'efficacité du conseil fiscal délivré, qui doit être avisé, nécessite pour le notaire de se former et de s'informer sur la matière fiscale, nonobstant les sujets fiscaux et les impositions concernés.

Une obligation de clarté vis-à-vis des clients

– Le conseil fiscal doit être compris par le client. – Le conseil fiscal délivré par le notaire doit être avisé, intelligible et clair. Le notaire doit prendre la peine de faire figurer l'explication donnée oralement, dans l'acte authentique lui-même, ou dans un acte sous seing privé séparé286. Dès lors, « face à des profanes, il leur faudrait parfois transformer leurs actes authentiques en manuel de droit expliquant par le menu les conséquences les plus immédiates des opérations juridiques de base qui sont conclues »287. Au-delà de la question de la preuve de l'exécution de son obligation de délivrance d'un conseil fiscal288, le notaire dispose de plusieurs outils permettant de délivrer un conseil clair, limpide, et compris par les parties :
  • l'établissement de tableaux liquidatifs, avec plusieurs hypothèses. Tel est le cas par exemple en cas d'hésitations sur plusieurs dispositifs fiscaux. Divers outils informatiques peuvent être utilisés289 ;
  • l'utilisation de schémas de frise chronologique, ou encore le legal design 290.

Présentation de la solution fiscale la plus efficace pour un client

Un client souhaite acquérir, par l'intermédiaire d'une société par actions simplifiée à associé unique (SASU), un terrain à bâtir à Saint-Francois en Guadeloupe, à l'effet d'y édifier une maison en vue d'exploiter une activité de meublé touristique para-hôtelière. Il hésite entre deux dispositifs fiscaux : celui de la réduction d'impôt reversée291 et celui du crédit d'impôt292. Le coût de revient total de l'opération s'élève à la somme de neuf cent mille euros hors taxes (900 000 € HT) et hors frais.
Le conseil fiscal peut être présenté sous forme d'un tableau Excel comme suit :
Il peut également être présenté sous forme de schéma comme suit :
Dans cette hypothèse, eu égard au gain fiscal, et à la complexité fiscale, juridique, et financière de l'opération, il sera conseillé au client d'opter pour le dispositif prévu par l'article 244 quater W du CGI.
Ces outils permettent de vulgariser le droit et de le rendre accessible. Ils permettent de clarifier le conseil délivré, mais ne peuvent se substituer au conseil lui-même293.

Conseil

La communication, bras armé du conseil intelligible

La délivrance du conseil fiscal est rendue intelligible au moyen de divers outils à disposition du notaire. Toutefois, ces outils ne suffisent pas en eux-mêmes pour délivrer le conseil fiscal. Il y a toujours lieu, d'une part, de les accompagner d'un écrit les expliquant (consultation écrite, etc.) et, d'autre part, de conserver la preuve de leur communication au client concerné (envoi par courriel, remise contre signature, etc.).

Éclairer le client pour délivrer le conseil avisé et intelligible

Le conseil fiscal délivré au client doit être clair, obligeant le notaire à adopter des outils facilitant la compréhension et des moyens de communication adaptés au client pour l'éclairer.