– Quelle est la particularité du prix d'une vente soumise au régime obligatoire de la dispense de TVA ? – Le prix est obligatoirement exprimé hors taxe à la valeur ajoutée1214. En effet, aucune TVA n'est à payer au titre de la vente puisque celle-ci est en dispense. Il est donc primordial de ne pas mentionner de montant de TVA ou de montant TTC dans l'acte puisque aucune TVA ne sera due en raison de la dispense de l'article 257 bis. En effet, il faut savoir que l'article 283-3 du CGI prévoit que toute personne qui mentionne la TVA sur une facture est redevable de la taxe du seul fait de sa facturation. L'article 242 nonies A de l'annexe II du CGI complète les mentions obligatoires devant figurer sur les factures. Le 11o de cet article vise : « Le montant de la taxe à payer et, par taux d'imposition, le total hors taxe et la taxe correspondante mentionnés distinctement ». En conséquence, s'agissant d'une vente immobilière, le seul fait de mentionner dans un acte authentique un prix de vente comprenant la TVA équivaut à la facturation de cette taxe1215. Au titre des obligations combinées du vendeur (devoir général d'information) et du notaire, une attestation mentionnant le montant de la TVA en dispense doit être annexée à l'acte de vente. Il s'agit des informations nécessaires, pour chacune des immobilisations concernées, au regard du droit à déduction de la TVA. Cette information sera utile à l'acquéreur notamment dans le cas où il ne remplirait pas ses obligations prises au titre de la dispense. Le notaire sollicitera l'expert-comptable du vendeur afin de se voir communiquer lesdites informations.
Les effets du régime
Les effets du régime
Rapport du 122e Congrès des notaires de France - Dernière date de mise à jour le 31 janvier 2026
– Quels sont les effets de l'application du régime de dispense pour le vendeur ? – Aucune TVA n'est due au titre de la vente, même si elle aurait dû y être soumise de plein droit1216. De plus, le vendeur est dispensé de procéder à une régularisation de la TVA antérieurement déduite. En matière d'obligations déclaratives, la doctrine fiscale1217 prévoit seulement que le cédant et le bénéficiaire d'une transmission d'universalité doivent mentionner le montant total hors taxe de la transmission sur la déclaration de TVA souscrite au titre de la période au cours de laquelle elle est réalisée. Ce montant est mentionné sur la ligne « Autres opérations non imposables ».
– Quels sont les effets de l'application du régime de dispense pour l'acquéreur ? – Aucune TVA n'étant due par le vendeur au titre de cette vente, elle n'ouvre pas de droit à déduction pour l'acquéreur. Cependant, l'acquéreur devient le débiteur de l'éventuelle régularisation de TVA qui était antérieurement due par le vendeur en cas de cessation de l'activité locative taxable. L'administration fiscale1218 indique que, du fait de la poursuite d'activité, la transmission d'universalité n'a pas pour effet de faire courir un nouveau délai de régularisation chez le bénéficiaire de celle-ci. Le notaire doit donc veiller à communiquer à l'acquéreur le point de départ de la période de régularisation. Celui-ci peut être l'acquisition par le vendeur (si elle a donné lieu à déduction de TVA au titre du prix de vente) ou la date des travaux réalisés sur le bien vendu (si la TVA payée sur ceux-ci a été déduite). Cette date doit clairement figurer dans l'acte de vente. À titre d'exemple, un bien acquis le 1er juillet 2025, moyennant un prix incluant de la TVA déduite, est placé sous le régime de la régularisation de la TVA jusqu'au 31 décembre 20441219. Sur ce point, le notaire a un devoir de conseil très important. En effet, le régime de dispense s'applique de plein droit, c'est-à-dire sans option expresse de l'acquéreur. L'attention de ce dernier devra donc être particulièrement attirée sur les conséquences du dispositif notamment sur l'obligation de régularisation de la TVA en dispense en cas de non-respect de la poursuite de l'activité. Il en est ainsi en cas de revente du bien par ce dernier à un non-assujetti ou à un assujetti ne désirant pas poursuivre l'activité. Dans cette hypothèse, et pour éviter la régularisation, l'acquéreur, devenu vendeur, pourra opter pour la TVA1220.
Effets de la dispense de TVA
- Prix de cession exprimé sans référence une quelconque TVA.
- Absence de régularisation de la TVA antérieurement déduite par le vendeur.
- Absence de droit à déduction pour l'acquéreur.
- Reprise par l'acquéreur de l'obligation de poursuivre l'activité taxable jusqu'à l'achèvement de la période de vingt ans déjà commencée par le vendeur. Contrairement au mécanisme de transfert des droits à déduction 1221, l'acquéreur ne s'engage pas pour une nouvelle période de vingt ans.
– Quels sont les effets de l'application de la dispense sur les droits d'enregistrement dus par l'acquéreur ? – Les droits réduits prévus à l'article 1594 F quinquies, A du CGI s'appliquent lorsque la cession porte sur un immeuble achevé depuis moins de cinq ans, voire sur des terrains à bâtir1222. S'agissant d'une transmission universelle attachée à un bien achevé depuis plus de cinq ans ou un terrain non à bâtir, les droits d'enregistrement au taux de droit commun1223 sont dus.
– Quelles sont les conséquences d'une remise en cause du régime de la dispense par l'administration fiscale ? – Elles sont multiples.
-
S'il s'agit de la remise en cause de l'universalité transmise :
- le vendeur est tenu de régulariser la TVA, si l'immeuble a plus de cinq ans, sans être certain de pouvoir la facturer à l'acquéreur ;
- le vendeur est tenu d'acquitter la TVA sur le prix total si l'immeuble a moins de cinq ans (le prix stipulé dans l'acte de vente est présumé TTC), sans être certain de pouvoir la facturer à l'acquéreur ;
- l'acquéreur peut déduire la TVA s'il accepte qu'elle lui soit facturée a posteriori ;
- la responsabilité du notaire peut être engagée par le vendeur s'il est démontré une faute, un préjudice et un lien de causalité.
- S'il s'agit de la cessation d'activité par l'acquéreur : celui-ci doit régulariser la TVA par le mécanisme du vingtième1224. Il n'y a aucune conséquence pour le vendeur.
– Quelles sont les conséquences d'une absence d'application du régime de la dispense dans un acte de vente ? – Lorsque les conditions d'application de la dispense sont réunies, cette dernière s'applique de plein droit. Dans l'hypothèse malheureuse où le notaire oublie de faire application de ce régime, les conséquences sont différentes selon le régime fiscal alors appliqué :
- si le prix de vente est stipulé hors taxe et sort du champ d'application de la TVA :
- l'acquéreur ne prend aucun engagement quant à la poursuite de l'activité ;
- le vendeur sera redevable de la régularisation de la TVA ;
- si le prix de vente est stipulé avec de la TVA sur la marge ou sur le prix, soit parce qu'il s'agit d'un immeuble neuf, soit s'il s'agit d'un immeuble ancien et que le vendeur a pris l'option de soumettre ce prix à TVA :
- le vendeur doit déclarer la TVA acquittée sur le prix et la reverser au Trésor public du seul fait de sa facturation (l'acte de vente vaut facture1225),
- en principe, l'acquéreur ne peut pas déduire ladite TVA car irrégulièrement facturée,
- la jurisprudence récente1226 autorise la régularisation de cette erreur au moyen d'un acte rectificatif sans condition de bonne foi, si le contribuable a éliminé tout risque de perte de recettes fiscales. La cour administrative d'appel a fondé son analyse sur le principe communautaire de neutralité de la TVA qui ne doit pas faire obstacle à la récupération d'une taxe indûment déduite car facturée à tort ;
- la responsabilité du notaire peut-être engagée.
– Et si le doute persiste... –
Conseil
Que faire en cas de doute ?
- Une demande de rescrit doit être effectuée si les conditions d'éligibilité au régime de l'article257 bis CGI ne sont pas clairement établies.
- L'application de l'article 257 bis du CGI doit toujours être privilégiée puisqu'il s'agit d'un mécanisme obligatoire et non optionnel :
- si l'immeuble est ancien, l'application de ce régime obligatoire permet de ne pas opter pour la TVA, donc ne pas facturer de la TVA à l'acquéreur, et de ne pas avoir à régulariser la TVA pour le vendeur ;
- si l'immeuble est neuf, sa cession est alors dispensée de taxation à la TVA sur le prix total.
-
Prévoir, aux termes de l'acte opérant le transfert de l'universalité, les conséquences d'une remise en cause de la dispense par l'administration fiscale. À la lumière de ce qui est dit sur la possibilité de transfert de droit à déduction et de la facturation à l'acquéreur de la TVA en régularisation1227, le notaire doit rédiger une clause par laquelle, dans le cas d'une remise en cause du régime de dispense par l'administration, l'acquéreur s'obligerait à rembourser au vendeur, sur production de la facture idoine, le montant de la régularisation si la remise en cause résultait du non-respect des obligations de ce dernier. Une garantie financière peut éventuellement être demandée à l'acquéreur pour en assurer le remboursement au vendeur.
- Avantages :
- assurer le remboursement de la TVA à régulariser au vendeur ;
- ne pas perdre le bénéfice du droit à déduction pour l'acquéreur.
- Inconvénients :
- au lieu de reprendre la période de régularisation en cours, l'acquéreur repart sur une nouvelle période de vingt ans (mécanisme du transfert) ;
- le montant de la TVA en régularisation constitue une charge augmentative de prix pour le calcul des droits d'enregistrement.
- Avantages :