– Qui paie l'IFI en présence d'un démembrement de propriété ? – De manière intuitive, d'aucuns pourraient présumer que seul le propriétaire d'un bien immobilier est redevable de l'impôt sur la fortune immobilière. Toutefois, cette affirmation se nuance à l'aune de configurations juridiques caractérisées par une dissociation entre la propriété et l'usage. De nombreuses hypothèses envisagent la possibilité qu'une personne différente du propriétaire puisse user de la chose et notamment en perçoive les revenus. C'est une situation connue du droit fiscal, notamment en matière d'IFI où l'article 968 du CGI prévoit, sauf exception705, que le titulaire du droit de jouir ou d'user de la chose706 supporte seul cet impôt. Le droit fiscal adopte une approche pragmatique de la situation, s'attachant le plus souvent à imposer celui qui en tire un profit économique707, privilégiant ainsi la propriété économique sur la propriété juridique708 L'article 968 du CGI reprend le principe déjà en vigueur sous l'impôt de solidarité sur la fortune, selon lequel, pour le calcul de l'IFI, les biens grevés d'un usufruit sont en principe intégrés dans le patrimoine de l'usufruitier pour leur valeur en pleine propriété709. Toutefois, le 1o de cet article introduit une exception nouvelle par rapport au régime de l'ISF : lorsque l'usufruit résulte directement de dispositions légales du Code civil, la valeur du bien est répartie entre l'usufruitier et le nu-propriétaire selon un barème établi en fonction de l'âge de l'usufruitier.
De l'importance de l'origine du démembrement de propriété
L'épouse de Charlie décède, ab intestat et notamment sans donation au dernier vivant, laissant son conjoint survivant (soixante-sept ans) et trois enfants communs, ne possédant aucun bien immobilier. Le couple déclarait à l'IFI un actif net imposable de deux millions d'euros. Charlie opte pour l'usufruit aux termes des dispositions de l'article 757 du Code civil et non d'une donation entre époux en l'absence d'un tel acte. Dès lors, il n'est plus soumis à l'IFI, la valeur nette de ses actifs taxables étant inférieure à 1 300 000 € (40 % de 2 millions). Aucun des enfants n'est imposable car la valeur nette de leur patrimoine (2 000 000 × 20 %) est inférieure à ce seuil.