– Rappels
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. – La prescription en matière de droits de succession présente un régime juridique principalement partagé entre prescription dite « abrégée » (31 décembre de la troisième année) et prescription dite « longue » (31 décembre de la sixième année). Ces deux délais ne sont pas alternatifs mais hiérarchisés : la prescription longue s'applique lorsque les conditions d'application de la prescription abrégée ne sont pas réunies. Par ailleurs, le législateur et la doctrine administrative ont prévu plusieurs délais spéciaux ou dérogatoires, destinés à renforcer l'efficacité du contrôle dans des hypothèses sensibles, comme la dissimulation d'actifs à l'étranger ou la réévaluation tardive de biens. Ces délais ne se substituent pas nécessairement aux délais ordinaires, mais peuvent les supplanter selon les circonstances.
Les prescriptions
Les prescriptions
Rapport du 122e Congrès des notaires de France - Dernière date de mise à jour le 31 janvier 2026
– Quelles sont les conditions d'application de la prescription abrégée ? – L'application est subordonnée à la double condition que la déclaration de succession soit enregistrée et que l'administration fiscale n'ait pas besoin de faire des recherches complémentaires1428. Une erreur de liquidation des droits relèvera de la prescription abrégée, l'administration disposant des informations nécessaires dans la déclaration de succession.
– Quel est le point de départ de la prescription des droits de succession ? – Il varie selon le régime applicable :
- si une déclaration de succession est enregistrée, le délai est de trois ans et a pour point de départ l'enregistrement. Il expire le 31 décembre de la troisième année qui suit l'enregistrement. L'accomplissement de l'enregistrement repose sur le paiement préalable des droits de succession1429. La date de l'enregistrement concorde avec celle du dépôt de l'acte accompagné du paiement des droits dès lors que la formalité est acceptée par le service d'enregistrement1430. Le refus d'enregistrement d'une déclaration de succession pour défaut de paiement des droits fait échec à la taxation d'office et la majoration de retard mais n'interrompt pas la prescription ;
- si aucune déclaration de succession n'est enregistrée, le délai est de six ans et a pour point de départ le fait générateur des droits de succession, soit le décès. Il expire le 31 décembre de la sixième année suivant le décès ;
- si une déclaration de succession enregistrée omet des actifs, elle fait courir la prescription sexennale1431.
Ainsi, la prescription abrégée s'applique pour procéder au contrôle de la valeur vénale des biens successoraux déclarés alors que la prescription sexennale s'applique pour réparer les omissions successorales ou pour découvrir une succession non déclarée.
– Un conflit peut-il exister entre prescription abrégée et prescription sexennale ? – Le délai de six ans est maximal. L'application de la prescription abrégée ne peut pas avoir pour effet d'allonger le délai de prescription sexennale. Ainsi, si l'on considère un décès survenu en 2019 avec une déclaration de succession déposée en 2023, la prescription maximale s'applique jusqu'au 31 décembre 2025 et non jusqu'à la fin de l'année 2026.
– La prescription peut-elle être interrompue ? – La prescription ne suit pas un déroulement linéaire et peut être affectée par des événements susceptibles d'en altérer sa continuité. Les actes interruptifs sont énumérés limitativement par l'article L. 189 du LPF :
- la notification d'une proposition de rectification ;
- la déclaration ou la notification d'un procès-verbal ;
- tout acte comportant reconnaissance de sa dette fiscale par le contribuable ;
- tous les actes interruptifs de droit commun (la citation en justice, le commandement et la saisie).
Les éléments suivants méritent d'être soulignés :
- la mise en demeure adressée à l'héritier défaillant ne figure pas dans cette liste exhaustive et n'est donc pas de nature à interrompre la prescription ;
- en revanche, la proposition de rectification adressée à l'héritier interrompt la prescription. Or la mise en œuvre d'une procédure de taxation d'office débute par une proposition de rectification ;
- une simple demande de déclaration n'a aucun effet interruptif ;
- le dépôt d'acompte, s'il comporte suffisamment de mentions permettant de lier le paiement à une créance d'impôt (identité du défunt et domicile du défunt, actif taxable, identité et qualité de l'auteur du dépôt de l'acompte), constitue un acte de reconnaissance de la dette fiscale.
L'interruption a pour effet :
- d'annuler la prescription commencée ;
- et de faire courir, à compter de l'acte interruptif, une prescription nouvelle de même nature et de même durée que celle à laquelle elle se substitue.
– Quels sont les délais de prescription particuliers ? – Les délais sont, selon les cas spécifiques ci-après, réduits ou allongés :
- La demande de contrôle à l'initiative des héritiers prévu par l'article L. 21 B du LPF 1432 . Les redevables peuvent demander à l'administration de vérifier expressément leur déclaration de succession, pour obtenir plus rapidement une sécurité juridique et fiscale en cas d'incertitude sur certains éléments de la déclaration de succession (l'évaluation de certains biens, l'application d'abattement pour les personnes handicapées…). La demande doit être formulée lors de l'enregistrement de l'acte ou dans les trois mois suivants, être signée par les héritiers ou légataires représentant au moins un tiers de la succession, et le dépôt de la déclaration ne doit pas faire suite à une mise en demeure. La durée du contrôle est alors réduite à une année, décomptée de date à date.
- La réouverture d'un délai spécial de prescription pour les valeurs. L'article L. 181 B du LPF instaure un délai de reprise spécial permettant à l'administration de contrôler et de rectifier, à l'occasion d'une succession, la valeur des biens transmis antérieurement par donation, lorsqu'ils sont soumis au rappel fiscal prévu à l'article 784 du CGI. Ce droit de reprise ne concerne que la valeur des biens rappelés pour la liquidation des droits de succession exigibles au décès (notamment pour le calcul des abattements et des tranches progressives). Il n'autorise pas la révision des droits antérieurement acquittés lors de la donation si celle-ci est prescrite. Le délai spécial expire au 31 décembre de la troisième année suivant celle de l'enregistrement de la déclaration de succession contenant le rappel ou, en l'absence de déclaration, au 31 décembre de la sixième année suivant celle du décès (LPF, art. L. 186).
- Comptes à l'étranger non déclarés. L'article L. 181-0 A du LPF prévoit un délai exceptionnel de dix ans pour les avoirs à l'étranger non déclarés au sens de l'article 1649 A du CGI. Ce délai vise particulièrement les comptes bancaires, contrats d'assurance-vie ou titres financiers ouverts hors de France, lorsque le défunt ou les héritiers n'en ont pas fait mention dans la déclaration de succession.
Quand le temps protège… à condition de le dire
L'administration fiscale n'informe jamais spontanément le redevable d'une prescription d'un DMTG. C'est uniquement lorsqu'elle engage une action pour réclamer le paiement des droits que le redevable peut invoquer le bénéfice d'une prescription. La prescription n'est donc pas automatique. Elle ne produit effet que si elle est opposée expressément par le contribuable. Une bonne connaissance des règles et conditions des prescriptions permet d'éviter de payer des droits prescrits, qui ne seraient pas restitués par l'administration1433.
– Quelle est la prescription spécifique de l'article 806, III du CGI en matière d'assurance-vie ? – En vertu de l'article 806, III, les compagnies d'assurance doivent obtenir un certificat d'acquittement ou de non-exigibilité avant de verser les capitaux décès aux bénéficiaires. Cette obligation ne concerne que les sommes entrant dans l'assiette des droits de succession, c'est-à-dire en particulier les primes versées après soixante-dix ans relevant de l'article 757 B du CGI. Contrairement aux délais de reprise de l'administration fiscale, l'obligation faite aux assureurs par l'article 806, III n'est pas soumise à un délai de prescription. Autrement dit, même si les droits de succession sont prescrits fiscalement, l'assureur peut refuser de verser les fonds sans certificat fiscal. Dès lors, faut-il régler les droits dus pour obtenir le versement des capitaux décès ? Selon la jurisprudence, le bénéficiaire d'un contrat d'assurance-vie relevant de l'article 757 B du CGI, doit fournir le certificat exigé par l'article 806, III du même code, malgré la prescription acquise à son profit. Ce certificat ne s'obtient qu'après régularisation d'une déclaration de succession et paiement des droits correspondants1434. Si la prescription a pour conséquence d'interdire à l'administration de réclamer l'impôt, l'obligation naturelle demeure. Pour autant, le paiement des droits de succession réalisé par les bénéficiaires afin d'obtenir la libération de la garantie décès est irrépétible1435. Face à cette difficulté, la question se pose de requérir de l'administration fiscale un certificat attestant la prescription de la dette fiscale. À cette fin, il conviendrait de déposer une déclaration de succession, sans acquittement de droits, en précisant que la prescription est acquise. Dans sa pratique courante (note interne), l'administration fiscale admet que dans la mesure où la prescription est acquise, le comptable compétent délivre au contribuable le certificat de non-exigibilité demandé sans exiger le paiement des droits. Cette délivrance ne constitue toutefois pas une prise de position formelle au sens de l'article L. 80 B du LPF. En cas de refus de l'administration, les droits devront être versés, malgré la prescription.
– Que faire en cas de succession prescrite, lorsqu'un héritier non résident souhaite obtenir le déblocage des avoirs bancaires ? – En présence d'héritiers résidant à l'étranger, l'établissement bancaire réclame la production d'un certificat d'acquittement ou de non-exigibilité de l'impôt pour débloquer les avoirs bancaires1436. Une décision judiciaire a rendu obligatoire le dépôt de la déclaration de succession pour obtenir le déblocage des fonds1437, et ce malgré la prescription. À l'image de la solution précédente, il convient de déposer une déclaration de succession, sans acquittement de droits, en précisant acquise la prescription.