– Problématique. – Les liens de famille conduisent l'hypothèque conventionnelle à être confrontée à des assiettes atypiques telles que des droits indivis ou des droits démembrés. La situation est d'ailleurs assez paradoxale : sans procéder à une enquête, on peut penser que la très grande majorité des dossiers de financement mettant en scène des membres d'une même famille, donnent lieu à des constitutions d'hypothèques conventionnelles sur des biens indivis, ou sur des biens détenus en démembrement de propriété. Ce sont donc des situations très banales sur le plan sociologique.
Pourtant sur le plan juridique, cette situation qui voit des droits indivis ou démembrés être affectés en garantie est anormale, ou plutôt atypique. La raison en est très simple : le statut juridique de ces droits incorporels n'a pas été conçu dans cet esprit. L'on pourrait même avancer l'idée que leur statut a été conçu autour de l'idée contraire : de nombreuses règles montrent en effet que le statut juridique des droits indivis ou des droits démembrés a été pensé dans l'idée de protéger leurs titulaires (et peut-être plus exactement leurs cotitulaires) contre les sûretés.
Pour rapidement s'en convaincre, il suffit de se rappeler que les créanciers personnels d'un indivisaire ne peuvent jamais saisir les droits indivis de leur débiteur453. Il est également possible de se remémorer l'effacement rétroactif des hypothèques que l'effet déclaratif du partage produit à l'égard des hypothèques de droits indivis454. En somme, les droits indivis constituent une assiette hostile aux hypothèques. Et que dire des droits démembrés ? L'hypothèque conventionnelle d'une nue-propriété ne paraît pas offrir d'utilité puisque son assiette est grevée d'un usufruit. Quant à l'hypothèque d'un usufruit, elle est condamnée à la disparition automatique en cas d'extinction de l'usufruit… Ces assiettes atypiques conduisent le plus souvent les créanciers à multiplier les sûretés afin de conjurer les risques qui viennent d'être évoqués, ce qui n'est pas sans soulever un certain nombre de problématiques. Celles-ci vont être rappelées en distinguant les droits indivis (A) puis les droits démembrés (B).