– Les deux visages de l'hypothèque légale du copartageant. – Les notaires peuvent se trouver en présence d'une hypothèque légale du copartageant dans deux situations très différentes. La première situation, de loin la plus classique, correspond à un partage faisant apparaître une soulte payable à terme. L'idée est très simple à comprendre : le copartageant qui accepte un paiement à terme de sa soulte mérite les faveurs du législateur.
En effet, le partage n'aurait pas pu être réalisé si le copartageant n'avait pas accordé une facilité de paiement à son coïndivisaire. Dès lors, l'article 2402, 4o du Code civil attribue au copartageant une hypothèque légale afin de le protéger contre le risque d'impayé. Cette protection permet d'assurer l'égalité, « âme du partage »439. La seconde configuration dans laquelle le notaire constate l'attribution d'une hypothèque légale du copartageant paraît étrange au premier abord, puisqu'elle correspond à une hypothèse de paiement au comptant de la soulte.
Seulement, si la soulte a pu être payée au comptant, c'est grâce à l'intervention d'une banque dont l'avance de fonds a permis de dénouer l'opération de partage. C'est alors la subrogation qui entre en jeu : la dette étant payée par un tiers (en l'occurrence la banque), elle n'est pas éteinte mais elle est transmise, avec tous ses accessoires (notamment les sûretés), au profit du tiers qui a apporté les capitaux nécessaires à son paiement. Concrètement, sans l'intervention de la banque, la soulte n'aurait pas pu être payée et l'hypothèque légale du copartageant serait née. Grâce à l'intervention de la banque la soulte est payée, ce qui satisfait l'indivisaire créancier de la soulte, mais comme le paiement est effectué par subrogation, il entraîne non pas l'extinction de la créance de soulte, mais sa transmission au profit de la banque avec l'hypothèque légale du copartageant440.