– Le choix, une illusion ou une réalité ? – Il est usuel pour le notaire de considérer que les couples ont le choix de leur statut et qu'en lissant les modèles de conjugalité, on risquerait de supprimer une alternative. En dépit d'un certain déficit d'informations sur le fonctionnement des régimes matrimoniaux, nul n'ignore qu'à la dissolution (séparation ou décès) les conséquences entre le mariage, le Pacs, le concubinage sont dissemblables. Certains prétendent néanmoins que le choix est une illusion, que ce sont des facteurs non juridiques qui influencent le projet de vie. La culture familiale, les ambitions professionnelles, la force de négociation de l'un des membres du couple, le rejet de l'institution du mariage, la peur de l'engagement, les orientations religieuses, l'échec affectif des précédentes relations, la crainte du divorce, l'envie de faire la fête, le souhait d'officialiser l'amour par un rite social vont guider le couple vers un statut qu'il n'a pas choisi pour ses conséquences juridiques. Michel Audiard ironisait déjà en 1963 sur les fausses bonnes raisons des jeunes mariés : « Je me suis marié parce que ça donnait le droit à un costume pure laine et des chaussures en cuir : voilà où ça mène l'élégance ». La question serait pourtant sérieuse car le choix entraîne des conséquences différées dans le temps. L'argument est de poids. La démarche est-elle consciente, rationnelle, réfléchie, ou inconsciente et subie ?
S'il est vrai que les raisons initiales du nouveau couple ne sont pas juridiques, ceci mérite d'être nuancé. Les motivations évoluent dans le temps et l'option est toujours ouverte, l'orientation initiale n'est jamais définitive. La décision se renouvelle aux grandes étapes de la vie familiale et patrimoniale. La naissance des enfants, l'acquisition immobilière, le décès des parents, la durée de vie commune sont autant de raisons de se reposer la question. Les statistiques montrent qu'en France, les couples passent souvent par le concubinage avant de se pacser puis de se marier, et que de surcroît ceux qui sont mariés prévoient dans la grande majorité de se gratifier en outre par testament ou donation entre époux. Le choix, en France, ne semble pas être une illusion.