Les limites à la naissance d'une autorisation tacite

Les limites à la naissance d'une autorisation tacite

Rapport du 120e Congrès des notaires 2024 - Dernière date de mise à jour le 31 janvier 2024
– Délai d'instruction et obtention de l'autorisation tacite. – La question du délai d'instruction de l'autorisation et de son obtention ne diffère pas de la situation d'une autorisation expresse. Nous renvoyons à ce sujet aux développements relatifs à l'instruction des autorisations989. Rappelons toutefois qu'un permis tacite est exécutoire à la date de son obtention, à la différence d'une autorisation expresse qui est exécutoire après accomplissement de la formalité de transmission au préfet dans le cadre du contrôle de la légalité et de sa notification au pétitionnaire, exception faite (V. supra, n° , encadré « En pratique ») du permis de démolir dont le caractère exécutoire est différé de quinze jours à compter de cette formalité.
Se pose ainsi de façon incidente la question de la mise en œuvre de l'autorisation d'urbanisme tacite compte tenu de l'interférence pouvant exister avec les dispositions du droit de l'environnement.
– L'autorisation d'urbanisme tacite à l'épreuve de la législation dite « loi sur l'eau ». – Si l'article R. 424-13 du Code de l'urbanisme envisage expressément l'obligation pour l'autorité compétente de délivrer un certificat d'obtention de l'autorisation tacite qui mentionne la date d'affichage en mairie ou la date de publication par voie électronique de l'avis de dépôt du dossier de permis en mairie, l'obtention d'un permis tacite n'autorise pas systématiquement sa mise en œuvre.
D'une part, en l'absence de prescriptions, et faute de décision expresse, l'autorisation peut être entachée d'illégalité et encourir un retrait ou un déféré préfectoral.
D'autre part, certaines autorisations d'urbanisme relevant de la procédure des IOTA sont par ailleurs soumises à autorisation ou déclaration au titre de la loi sur l'eau dont l'obtention peut être dissociée de l'autorisation d'urbanisme. Or, l'article L. 425-14 du Code de l'environnement dispose que : « (…) Lorsque le projet est soumis à autorisation environnementale, (…), ou à déclaration, (…), le permis ou la décision de non-opposition à déclaration préalable990 ne peut pas être mis en œuvre : 1° Avant la délivrance de l'autorisation environnementale (…) ; 2° Avant la décision d'acceptation, pour les installations, ouvrages, travaux et activités soumis à déclaration (…) ».
Il appartiendra donc aux conseils de vérifier si l'autorisation d'urbanisme est, nonobstant son caractère définitif en absence de recours, retrait ou déféré préfectoral, susceptible d'être mise en œuvre. En effet, les sanctions en cas de réalisation de travaux soumis à la réglementation des IOTA étant lourdes, la responsabilité du notaire se verrait très certainement engagée en cas de constatation de ventes consécutives à l'obtention de l'autorisation d'urbanisme.
– L'autorisation d'urbanisme tacite à l'épreuve de la « clause filet » 991 . – Le décret no 2020-844 du 25 mars 2022 a créé un dispositif dit « clause filet »992, qui permet de soumettre à l'examen au cas par cas les projets situés sous les seuils ou ne répondant à aucun des critères du tableau annexé à l'article R. 122-2 du Code de l'environnement, si ces projets sont susceptibles d'avoir des incidences notables sur l'environnement ou la santé humaine993. L'application du dispositif de la clause filet est susceptible de constituer un obstacle majeur à la confirmation du caractère tacite de l'autorisation d'urbanisme compte tenu de l'articulation de la clause filet avec le délai d'instruction des autorisations d'urbanisme. Le maître d'ouvrage peut donc avoir intérêt à saisir l'autorité environnementale de sa propre initiative afin de prévoir le calendrier de son opération et d'« anticiper » les effets d'une autorisation tacite dont l'exécution voire l'existence pourraient être bouleversées par le jeu de la « clause filet ».
– L'autorisation d'urbanisme tacite à l'épreuve de la demande de pièces complémentaires. – Ainsi que cela a été étudié au paragraphe relatif à l'instruction de l'autorisation d'urbanisme, la demande de pièces complémentaires est susceptible d'entraîner, dans certaines situations, une impossibilité d'invoquer le bénéfice d'une autorisation tacite.