La notion d'acquêts, biens communs

L'ingénierie notariale au service du projet de l'entreprise

La notion d'acquêts, biens communs

Rapport du 118e Congrès des notaires de France - Dernière date de mise à jour le 31 janvier 2022
– Première mise en situation : construction sur un terrain propre de l'un des époux. – La règle est simple : par le jeu de l'accession, la construction a la même qualification juridique que le terrain : la construction est un bien propre par accession.
Cette solution est-elle si évidente pour les époux qui s'apprêtent à édifier une construction sur un terrain propre à l'un d'eux ?
Souvent ils procéderont à la construction sans avoir rencontré un notaire pour leur expliquer les conséquences de cette situation. Si le terrain propre a été acquis de longue date par l'un des époux, ou a été reçu par donation avant qu'il ne se soit marié, le conseil donné par le notaire à cette occasion ne pouvait pas porter sur les conséquences d'un hypothétique mariage du client se trouvant dans son bureau.
Quelles alertes les clients vont-ils avoir ? Aucune.
Les époux découvriront que la construction est propre (par le jeu de l'accession) à l'un d'eux au jour de la vente de celle-ci, ou pire lors de la dissolution du régime matrimonial. En effet, lors de la construction de la maison, il était légitime de penser, pour des époux non informés, que cette construction était assimilée à une acquisition durant le mariage (d'ailleurs les époux payeront un constructeur pour la réalisation d'un ouvrage). Pour eux, il ne peut y avoir de différence entre un couple qui achète sa maison (qui va tomber dans la masse commune) et celui qui procède à la construction de sa maison.
La théorie de l'accession, qui ne relève pas des régimes matrimoniaux, peut être inconnue des époux.
Bien évidemment des mécanismes, tels que les récompenses, vont permettre de rééquilibrer les enrichissements entre la masse propre et la masse commune. Mais est-ce suffisant pour désamorcer ce contentieux naissant, qui aura pour terreau le sentiment de l'un des époux d'avoir été lésé ?
En outre, il sera difficile pour cet époux, ne serait-ce qu'en matière de preuve, de valoriser l'ensemble de ces petites choses qui, au fil du temps, ont permis d'apporter une plus-value au bien de l'autre. Cet époux non propriétaire se serait-il comporté de la même manière s'il avait su que ce bien ne lui appartenait pas ?
Si les époux avaient rencontré un notaire en amont de leur mariage, ils auraient pu être alertés sur le risque lié à la présence d'un terrain à bâtir dans le patrimoine de l'un d'eux. Le notaire, en réalisant une analyse patrimoniale, aurait eu connaissance de la présence de ce terrain à bâtir. Il aurait pu les questionner sur leur projet, même lointain, et ainsi leur proposer des solutions en amont.
– Deuxième mise en situation. Construction à cheval sur un terrain propre et un terrain commun. – Comment réagiront les époux qui s'apprêtent à édifier une construction à cheval sur un terrain propre à l'un d'eux et sur un terrain commun acquis postérieurement (qualifié de bien propre par accessoire au titre de l'article 1404 du Code civil) ?
Même si les époux ont vu un notaire pour l'achat du terrain, la particularité consistant à acquérir un bien commun contigu à un bien propre peut ne pas avoir été portée à sa connaissance.
Éventuellement, le permis de construire peut permettre au notaire de découvrir cette particularité si la demande venait à porter sur les deux terrains (qui ne constitueraient donc pas une unité foncière au sens de l'urbanisme), ce qui l'amènera à informer les époux sur les conséquences en matière de qualification du bien au regard des régimes matrimoniaux. Mais cette information arrivera à un moment, nous semble-t-il, trop tardif puisque les acquéreurs seront engagés aux termes de l'avant-contrat. À ce stade, le notaire n'aura que peu de solutions à proposer aux époux, mais au moins ils auront été informés de la situation avant le début de la construction.
Et si cette acquisition n'est pas conditionnée à l'obtention d'un permis de construire, puisque finalement, il ne s'agit que d'un petit terrain non nécessaire à la construction projetée, quelles alertes auront les époux ? Aucune.
Une fois encore il est légitime, pour l'époux qui aura acquis un terrain à titre onéreux avec son conjoint et construit une maison dessus, de penser que ce bien est commun même s'il est contigu à un terrain propre qui ne supportera que des constructions annexes.