Où loger les télétravailleurs ?

Où loger les télétravailleurs ?

Rapport du 119e Congrès des notaires de France - Dernière date de mise à jour le 31 janvier 2023
S'il contribue à dynamiser certains territoires (A), le télétravail peut produire des effets pervers susceptibles d'en affecter d'autres (B).

Les effets favorables

– Les rats des villes veulent-ils redevenir rats des champs ? – Il n'y a pas, à ce jour, de phénomène massif de retour « à la campagne ». Lors de la crise sanitaire liée à la Covid-19, l'idée d'un exode urbain a vu le jour, comme une sorte d'inversion de lente décroissance qu'avaient subie les campagnes depuis 1850 en faveur des villes. Le mouvement a été particulièrement sensible à Paris, chez une bonne part de ceux qui pouvaient rejoindre une résidence suffisamment connectée pour leur permettre de télétravailler (leur résidence secondaire, celle d'amis ou de membres de la famille). Mais, à ce jour, nul ne constate de tendance massive à l'exode. De plus, les néoruraux télétravailleurs restent attachés aux commodités de la grande ville : commerces, infrastructures culturelles et sportives, services publics denses, accès aux soins, etc. 1308 En bref : nos grandes villes ne sont pas près de se vider.

L'exode urbain en quelques chiffres

1. L'expansion massive du travail à distance est un phénomène suffisamment récent pour ne pas encore disposer d'études sociologiques et statistiques concrètes et abouties sur l'ensemble des conséquences qu'il induit au regard de l'habitat en général.
2. Si l'on observe, par exemple, le solde migratoire de Paris, celui-ci présente en 2020 un déficit de 66 000 personnes, soit un différentiel moins marqué qu'en 2013. Et 20 % de ces départs sont le fait de ménages s'installant dans les départements limitrophes de la « troisième couronne » : donc des personnes sans doute plus poussées par le vent des prix trop élevés qu'affichent les logements intra muros, que par l'appel du grand large et du retour à la nature loin de Paris.
3. Une étude menée par « SeLoger » début 2021 indiquait que 29 % des Franciliens interrogés avaient élargi leur périmètre de recherche de logement, et prospectaient celui-ci plus loin des grandes villes. Certaines moyennes agglomérations de province, comme Rennes ou Nantes, ayant vu leurs prix au mètre carré bondir de plus de 10 % à l'époque de l'étude, depuis la fin des confinements. Ces chiffres témoignent d'un attrait pour d'autres agglomérations que les grandes métropoles, mais sans constater de vaste exode des Français hors de celles-ci. La crise sanitaire et les mesures qui l'ont émaillée ont donc modifié leurs aspirations, mais sans pour autant qu'ils sautent le pas en nombre, télétravail ou pas.
4. Cette situation est confirmée par une autre étude menée par la Plateforme d'observation des projets et stratégies d'urbanisme (Popsu) Territoires pour le Réseau rural français et le Plan urbanisme construction architecture (Exode urbain ? petits flux, grands effets – les mobilités résidentielles à l'ère [post-]covid, juin 2021), que l'on peut lire ci-après dans son intégralité :
– Un facteur de revitalisation en zone détendue. – Une autre tendance se révèle avec certitude : l'apparition d'une population d'actifs naviguant désormais entre bureau et domicile au cours de la semaine. Elle s'accompagne d'un intérêt accru pour des logements parfois désignés comme des « résidences semi-principales ». Cette dynamique peut profiter à des zones rurales, revigorant des marchés immobiliers jusqu'alors atones. On a ainsi constaté un engouement en faveur des maisons individuelles, dont la demande a crû de 18 % au cours du premier semestre 20211309. Mais se plonger durablement dans la ruralité implique une certaine conversion mentale, et le temps nécessaire à un « apprivoisement » progressif. Dès lors, pour s'éloigner des grandes métropoles au marché du logement trop tendu sans pour autant se priver de tout environnement urbain, les villes petites et moyennes apparaissent comme un recours pour les télétravailleurs. Or, du fait « d'une inadéquation géographique entre l'offre et la demande »1310, il s'y trouve un stock de logements vacants1311. Pour ces territoires, l'accueil de télétravailleurs est donc, sans doute, une chance à saisir. Cependant, certaines expériences vécues localement prêtent à réfléchir.

Les effets pervers

– Un risque de fuite des travailleurs. – Nous prendrons simplement l'exemple, qui n'est sans doute pas unique, des effets du télétravail sur le marché de l'emploi et du logement dans le département de la Haute-Savoie. Dans cette région frontalière, certains considèrent que le télétravail a mis en route « une machine à inciter les travailleurs à partir en Suisse ». Ne pouvant s'acquitter d'un loyer de niveau helvétique, et reculant devant les temps de trajet et les encombrements routiers, nombre de Français frontaliers demeuraient salariés en France. Certes, le niveau des salaires est supérieur en Suisse, mais plus d'un préférait préserver sa qualité de vie1312. La disparition de la contrainte du déplacement que rend possible le télétravail a rebattu les cartes et semble avoir permis le débauchage de beaucoup de talents au sein de nombreuses entreprises de services haut-savoyardes, ce qui fait craindre à certains employeurs locaux que « nos entreprises soient déshabillées de leurs compétences », comme on peut le lire dans l'article ci-après :