Le financement personnel

Le financement personnel

Rapport du 119e Congrès des notaires de France - Dernière date de mise à jour le 31 janvier 2023
– Une idée fausse : les seniors ne dépensent pas. – Bien que ce postulat ait servi de prétexte à de nombreuses politiques publiques, notamment fiscales, les populations du troisième et du quatrième âge assument de nombreuses dépenses qui peuvent, d'ailleurs, augmenter avec l'âge. Ainsi le « jeune senior », fraîchement retraité et encore pleinement valide, profite de son temps libre et dépense volontiers pour bien vieillir1277. Puis, avec l'avancée en âge, on voit s'accroître les dépenses liées à la dépendance ou à son anticipation. Elles concernent majoritairement le logement, qu'il soit collectif ou individuel.

Le logement de la personne âgée est souvent le premier poste de dépenses de son budget

1. Qu'il s'agisse de la coûteuse entrée dans une maison de retraite (le coût moyen pour un résident en Ehpad s'établissant entre 2 000 et 2 500 € mensuels, selon de fortes disparités régionales, voire plus de 3 000 € en région parisienne, et pouvant aller plus loin en fonction de la nature des prestations requises ou souhaitées), ou du coût d'un maintien en domicile (en moyenne 2 200 €), schéma nettement plébiscité depuis toujours dans les souhaits des Français, mais plus encore depuis les épisodes sanitaires de confinement et d'isolement total subis courant 2020 et 2021 au sein des établissements d'hébergement.
2. Dans les deux cas, de tels budgets sont à comparer avec le montant moyen des retraites en France, de l'ordre de 1 509 € mensuels selon une étude publiée par la Drees1278. Selon un rapport au Sénat déjà évoqué1279, une personne sur cinq seulement était, en 2008, en mesure de financer avec ses propres revenus son hébergement en maison de retraite.
3. Vaut-il mieux, dès lors, rester chez soi ? Cela implique de pouvoir le faire : en termes de santé, certes, mais aussi en termes de budget. Selon l'étude de la Drees déjà citée, le coût annuel des adaptations nécessaires d'un logement est d'environ 4 280 € (création d'une chambre au rez-de-chaussée, installation d'équipements de sécurité, mise aux normes). Il ne s'agit ici que des seuls travaux spécifiques d'adaptation. Il faut y ajouter les travaux ordinaires de rénovation de l'habitat (peintures, isolation, circuits, équipements…) qui, par hypothèse, reviendront périodiquement.
4. S'y ajoutent encore les travaux nécessaires à la transition environnementale du logement, qu'ils soient imposés par les textes (diagnostic de performance énergétique « nouvelle formule » instauré par la loi Climat et Résilience pour les logements que le retraité donnerait à bail d'habitation) ou par les faits (évolution climatique, accroissement des prix de l'énergie, etc.).
5. Enfin, il est bien légitime de vouloir rendre plus confortable un logement dans lequel on passe désormais de plus en plus de son temps. Aussi pourra-t-on vouloir améliorer un habitat en y aménageant une terrasse, une véranda, un jardin d'hiver, etc.
– Pas d'État-providence pour la dépendance. – Au-delà des ressources fournies par les pouvoirs publics pour la couverture des frais liés à la dépendance, ce sont les ménages eux-mêmes qui s'acquittent de ces dépenses. Selon le rapport au Sénat déjà cité, en 2008, les personnes âgées ou leurs proches acquittaient « au moins sept milliards d'euros par an en complément des ressources fournies par la solidarité nationale ». Leur couverture est assurée d'abord au moyen des pensions et revenus perçus par les retraités, mais aussi en puisant dans des placements financiers constitués au cours de la vie active ou des réserves assurantielles (rentes issues de contrats d'assurance-vie ou de contrats d'assurance dépendance, par exemple). Peuvent aussi y contribuer les fruits d'un investissement locatif, pourvu qu'il ait été attentivement sélectionné1280 et soigneusement entretenu.
– Le logement n'est pas un actif dormant. – À cet effet, un programme d'investissements doit être mis en place pour la gestion d'un bien ou d'un parc immobilier, avec plans de financement à l'appui, à la manière même d'une entreprise. Anticiper ces sujets, les provisionner, tenir compte de l'accélération des normes publiques et de l'augmentation des coûts de travaux (main-d'œuvre ou pièces et matériaux) demande une réelle projection « entrepreneuriale », si l'on ne veut pas être disqualifié et se retrouver « hors marché ». Tout propriétaire devrait s'en convaincre ; l'administration fiscale, quant à elle, devrait en tirer les conséquences.
– L'investisseur immobilier n'est pas un rentier. – Dès lors, le propriétaire bailleur ne devrait plus être stigmatisé comme situé en dehors de « l'économie réelle ». Il mobilise, à nos yeux, autant de réflexion, de décisions, de choix, d'efforts d'investissement et, dans une certaine mesure, de prise de risque qu'un entrepreneur ou le titulaire d'un portefeuille de valeurs mobilières. Les défis posés par la révolution démographique sans précédent que nous vivons, consécutive aux effets conjugués de l'augmentation de l'espérance de vie et de la chute de la natalité, sont vertigineux. Ils ne pourront être relevés par la seule solidarité nationale ; bien au contraire, il y a là « une dynamique qui nous concerne tous et toutes : jeunes et âgés d'aujourd'hui, jeunes et âgés de demain »1281.