Smart contracts et IoT

Smart contracts et IoT

Rapport du 117e Congrès des notaires de France - Dernière date de mise à jour le 31 janvier 2021
Smartphone, smart home, smart city, smart building, smart grid… Les objets intelligents envahissent notre quotidien.
L'internet des objets connectés a l'ambition de relier les objets entre eux et avec les individus. Nommée IoT (Internet of Things) V. Glossaire : « IoT ». , cette technologie désigne à la fois les objets et le réseau permettant de les connecter et d'analyser les données véhiculées. Tous les objets peuvent être connectés, une montre, une imprimante, une machine à laver, un vélo, un vêtement…
Les architectures IoT existent hors d'une blockchain. Elles sont reliées à une plateforme jouant le rôle de tiers de confiance. Mais il est difficile d'en juger la qualité au regard de l'hébergement des données recueillies, de leur stockage et de leur éventuelle exploitation future.
L'interaction entre les technologies IoT et blockchain crée des opportunités de développement. À l'instar de la plateforme, la blockchain sert de passerelle entre le monde physique et le monde virtuel. Le changement de paradigme tient à la décentralisation des données. La blockchain répond aux besoins de sécurisation et de conservation des données ainsi que d'interopérabilité. Le registre forme une chaîne d'identification permettant aux objets d'interagir entre eux sans l'intervention d'un tiers (type plateforme). Le code détermine le cadre d'action de chaque objet. Le risque d'attaque est diminué.
Désintermédiation des échanges = Nouveaux usages de l'IoT
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Source : <a href="https://www.postscapes.com/blockchains-and-the-internet-of-things/#applications">https://www.postscapes.com/blockchains-and-the-internet-of-things/#applications</a>, consulté le 9 novembre 2020.
La blockchain instaure un climat de confiance propice au développement des IoT. Le smart contract élargit le champ des possibles. L'interaction entre les objets connectés et le smart contract favorise l'économie collaborative hors plateforme. Selon les cas, l'objet connecté contribue soit à la vérification des conditions préalables à l'exécution des smart contracts, soit à l'exécution elle-même des smart contracts.
? L'assurance. ? Déjà développée plus haut, l'assurance « Vignes et gel » relève de l'alliance entre smart contract et IoT V. supra, no . . La connexion du smartphone à la blockchain permet la vérification des conditions préalables du smart contract grâce à l'horodatage et à la géolocalisation de la photographie transmise.
Au Royaume-Uni, une compagnie propose une assurance automobile payable à l'heure L'assurtech Cuvva met en place une méthode de paiement pour son offre d'assurance « Pay as you drive ». . La communication de la photographie de la plaque d'immatriculation du véhicule à assurer suffit à déclencher une proposition de tarif. À réception, elle peut être validée immédiatement sur smartphone pour la durée convenue.
? Le smart building et les smart cities . ? Un bâtiment peut être qualifié de smart à deux conditions. Il doit être connecté à son environnement (équipements, espaces, utilisateurs, ville). Cette interaction doit permettre de créer un algorithme de prédiction améliorant la vie de l'utilisateur final.

Une journée type dans un

« Vous allez bientôt déménager dans un smart building flambant neuf ? On vous décrit ici une petite partie d'une journée type dans votre futur lieu de travail. Pour profiter pleinement des services de votre bâtiment connecté et intelligent, une application mobile sera à votre disposition. Renseignez-y votre identité, le numéro de la plaque d'immatriculation de votre véhicule et donnez accès à votre agenda ! Commençons :
1. Dès votre arrivée au parking, votre expérience est digitale. Une caméra lit la plaque d'immatriculation de votre véhicule et l'autorise à accéder au parking. Une place vous est attribuée dynamiquement, nul besoin de tourner pour en chercher une.
2. Pour accéder au bâtiment, utilisez votre badge traditionnel ou, si vous l'avez oublié, une version dématérialisée prenant la forme d'un QR code sur votre smartphone. Pour votre visiteur, utilisez votre application pour déclarer sa visite. Il recevra un QR code qui va lui permettre lorsqu'il le présentera à la borne d'accueil de vous notifier de son arrivée. Il pourra aussi utiliser ce QR code pour accéder au bâtiment sans passer par le bureau d'accueil (et donc sans délai pour obtenir un badge visiteur).
3. Adepte du flex office, votre application vous aide à trouver une place pour travailler. Si c'est votre première fois dans ce bâtiment, votre application vous indique le chemin à suivre pour vous y rendre grâce aux balises Bluetooth déployées dans tout l'immeuble.
4. Besoin d'une phonebox pour participer à une téléconférence et ainsi éviter de déranger vos voisins ? Un coup d'œil sur votre application et celle-ci vous dira lesquelles sont disponibles, elles sont toutes équipées de capteurs de présence.
5. Pour votre réunion de 11 heures, vous avez déjà réservé une salle. Une fois dedans, sans action de votre part votre réservation est maintenue par la lecture à distance de votre badge. Si vous ne vous y rendez pas, la salle est libérée pour vos collègues.
6. Durant votre réunion, la salle régule d'elle-même ses équipements pour atteindre le niveau de confort que vous avez défini (intensité de l'éclairage, température de la pièce, ventilation pour la qualité de l'air). À tout moment, vous pouvez changer, depuis votre application, ces paramètres pour les adapter à un nouveau niveau de confort.
7. Le bâtiment sait faire le décompte de personnes présentes dans son enceinte. Cette information est utile en cas d'évacuation par exemple mais tout aussi importante pour le restaurant d'entreprise. En effet, des algorithmes prédisent le nombre de personnes à servir en fonction de l'affluence du passé et des conditions météorologiques parfois favorables aux repas à l'extérieur.
8. Vous avez envie de connaître le menu du jour du restaurant d'entreprise ? Il se trouve dans votre application. Dans le restaurant, des caméras vous donnent l'affluence en temps réel. Vous pouvez composer (voire payevotre plateau avant même de vous y rendre. Adieu la file d'attente physique, vous serez averti dès que votre plateau sera prêt : bon appétit !
9. Vous préférez aller faire du sport à la pause déjeuner ? N'oubliez pas de sécuriser votre ordinateur portable dans un casier. Ils sont tous connectés, votre application vous dira lequel est disponible. Entrer le code du casier sur votre smartphone pour le verrouiller ou le déverrouiller.
10. Votre journée se termine et vous avez oublié dans quel sous-sol vous vous êtes garé ? Demandez à votre application, elle saura vous répondre.
11. Votre usage du bâtiment a été agréable parce que d'autres services se sont bien déroulés sans que vous vous en rendiez compte. En effet les bacs de collecte des déchets sont connectés, ils alertent automatiquement les services en charge lorsqu'ils sont pleins. Le technicien est passé réparer l'ascenseur avant qu'il ne tombe en panne (une alerte avait été déclenchée par le système de maintenance prédictive qui surveille les équipements). Une fuite d'eau a été détectée sur la chaudière, celle-ci s'est mise en sécurité et un ordre de réparation a été créé automatiquement. Et bien plus encore… »
Concernant l'habitat, les mêmes points clés sont impactés : le confort, la sécurité et l'énergie.
  • Le confort :L'IoT pourrait permettre le maintien des personnes âgées ou à mobilité réduite à domicile. Contrôler l'électroménager via une tablette ou un smartphone rend la vie plus facile. Le réfrigérateur connecté qui ne serait pas ouvert suffisamment régulièrement pour une alimentation correcte est capable d'adresser un message à la famille. Une caméra connectée permet d'en vérifier le contenu. Le confort est important et permet de maintenir une personne dans son environnement en tranquillisant ses proches.De manière plus générale, la domotique connectait à l'origine les objets à une base permettant de les contrôler. Le développement de l'IoTpermet désormais de les connecter directement entre eux. La communication M to M 431 optimise le confort du logement. Ainsi un système de climatisation peut être relié à un volet orientable en fonction de la lumière du soleil. Un système de chauffage peut alimenter un logement en prenant en compte le besoin de chaleur et le montant mensuel maximum des dépenses du foyer pour allier confort et budget. L'analyse de l'occupation de chaque pièce du logement et du comportement de ses occupants trouve une application concrète dans l'IoT.L'IoT permet également la gestion de l'immeuble intelligent en détectant immédiatement une fuite, un dysfonctionnement électrique, etc. Reliée à un smart contract, la détection d'un problème technique déclenche immédiatement l'intervention d'un professionnel choisi initialement. Le smart contract impute la charge des travaux à celui du propriétaire ou du locataire convenu. Cette configuration nouvelle semble disrupter les syndics, agences de location et autres intermédiaires de l'immobilier. Par l'IoT, le rôle de gestionnaire d'immeuble peut disparaître. Mais il peut aussi prendre un tour nouveau. La question se pose de savoir qui maîtrise l'immeuble intelligent. Le gestionnaire contrôlant les datas a une position de force inédite.
  • La sécurité :Comme le démontre l'exemple précédent, un compteur d'eau ou d'électricité, un ascenseur peuvent être connectés. C'est également le cas d'une dalle béton avec l'intérêt de la prévention d'un risque sismique. Le comptage et la géolocalisation des personnes sont également des moyens importants en cas de nécessité d'évacuer un bâtiment.
  • L'énergie :Le difficile recyclage des objets connectés et l'émission d'ondes de plus en plus nombreuses posent la question de l'impact environnemental lié au développement de l'IoT433. Cependant, il ne faut pas cataloguer trop vite les objets connectés. Le bâtiment est au cœur des problématiques environnementales actuelles. Sa part dans l'énergie mondiale consommée est actuellement de 40 %. En France, le résidentiel et le tertiaire cumulés représentent 47 % de l'énergie consommée en 2016434. L'électricité, le chauffage, l'air conditionné, l'eau chaude sanitaire sont plus énergivores que l'industrie ou les transports. L'IoT permet la gestion de l'énergie. L'utilisateur gère sa consommation personnelle. Le producteur analyse les besoins des consommateurs au moyen des informations recueillies. Le contrôle de la surproduction et de la perte d'énergie permet l'anticipation des pics de pollution. Placer des capteurs dans les équipements rendant perceptibles la qualité et la quantité des flux permet de créer des algorithmes capables d'anticiper des modèles de consommation. Grâce à ses capacités prédictives, l'IoT pourrait donc se révéler un acteur important dans la recherche d'une consommation d'énergie raisonnée.Les smart grids 435 sont des réseaux électriques intelligents ayant pour objectif une gestion durable de l'énergie. L'acheminement de l'électricité est fondé sur la centralisation de la production d'énergie dans quelques sites pour être ensuite distribuée. L'échange d'énergie se fait habituellement du producteur au consommateur et réciproquement. La blockchain et le smart contract permettent également de l'envisager directement entre particuliers.La blockchain participe à la transition énergétique en facilitant la mise en place des microgrids d'autoconsommation collective. Elle enregistre la production et la consommation d'électricité en temps réel tout en garantissant la provenance d'une électricité verte. Elle permet également de comptabiliser précisément la consommation de chacun. Pour être efficient, le mécanisme a besoin de souplesse car la production d'énergie verte de type éolien ou photovoltaïque varie en fonction de la météorologie. En cas de besoin, l'usager du réseau autonome peut donc se connecter au réseau d'électricité centralisé.La technologie smart contract permet par ailleurs d'aller plus loin en automatisant les échanges peer-to-peer 436. Chaque utilisateur est tantôt consommateur, tantôt producteur437. Le paiement de l'énergie consommée est automatisé sans action des parties. Le smart contract s'exécute dès lors que les conditions fixées sont remplies. Techniquement, chaque utilisateur particulier devrait disposer d'un compteur électrique relié à la blockchain. Chaque utilisateur serait identifié par un smart contract précisant les modalités d'achat ou de revente de l'énergie. Les conditions fixées par le smart contract peuvent toucher à l'aspect financier en favorisant le microgrid lorsque le coût de l'énergie est inférieur à un montant déterminé. Il peut également préférer au réseau centralisé le microgrid lorsqu'il propose une énergie propre. D'autres conditions pourraient être prévues.
Sans doute un tel système permet-il en contrepartie de couper l'électricité chez un mauvais payeur…
La ville entière devient smart. Ainsi la gare Aix-en-Provence TGV est équipée du système mis en place par la startup montpelliéraine Kuzzle https://objectif-languedoc-roussillon.latribune.fr/innovation/innovation-technologique/2019-01-08/ces-2019-kuzzle-accelere-la-digitalisation-du-smart-building-803037.html, consulté le 9 octobre 2020. permettant de gérer en temps réel les infrastructures (ascenseurs, escalators, etc.) et l'énergie (l'intensité lumineuse varie selon le besoin et les personnes présentes). La question de l'intensité lumineuse et de la chaleur solaire s'est également posée lors de la réhabilitation de l'ancienne gare maritime de Bruxelles www.divercitymag.be/fr/un-vitrage-intelligent-a-tour-taxis/, consulté le 9 octobre 2020. . La solution trouvée consiste dans un verre intelligent équipé de cellules photovoltaïques pour gérer la chaleur et se teintant pour tenir compte de l'intensité lumineuse.
Si l'énergie proposée a un coût maximum de … €, alors le microgrid devra être préféré au réseau centralisé, sinon, le réseau centralisé alimentera le logement.
Si l'énergie produite provient d'une production solaire, alors le microgrid devra être préféré au réseau centralisé, sinon, le réseau centralisé alimentera le logement.

Le (BMG), comment ça marche ?

En 2016, Lo Energy, spécialiste de l'énergie solaire, et ConsenSys, société de technologie logicielle blockchain spécialisée sur Ethereum, se sont alliés pour lancer le Brooklyn Microgrid Project. Le choix s'est porté sur un quartier de Brooklyn où les installations photovoltaïques en toiture étaient particulièrement répandues. Comptant à l'origine quatre participants, l'expérience réunit à ce jour environ trois cents logements et cinquante sites de production essentiellement photovoltaïques438.
Le projet, soutenu par l'État de New York, consiste à développer un système électrique décentralisé à l'échelle d'un quartier. L'objectif affiché est le développement d'une économie verte et locale.
Deux types d'utilisateurs composent le réseau. Certains sont à la fois producteurs et consommateurs. Équipés de panneaux photovoltaïques éventuellement couplés avec des systèmes de stockage, ils utilisent le réseau pour fournir et recevoir l'énergie. Les autres sont uniquement consommateurs. Trois groupes classés selon leur degré d'importance composent cette seconde catégorie. Sont priorisés les hôpitaux et bâtiments publiques, les commerces, puis les logements.
La technologie des smart contracts contribue à créer un marché local de l'énergie. L'énergie produite circule d'une habitation à l'autre et les échanges sont gérés sur Ethereum. Si un utilisateur produit plus qu'il ne consomme, il dispose d'un excédent d'énergie. Il peut le vendre et reçoit en retour des tokens appelés solar coins . Il pourra à son tour les utiliser lorsqu'il consommera plus qu'il ne produit.
Certains utilisateurs ont complété leur installation solaire avec un générateur gaz ou diesel. Afin d'intégrer la dimension écologique au système, les jetons n'ont pas le même prix selon l'importance de la part renouvelable dans l'énergie revendue.
Fournisseur local d'énergie de la filière traditionnelle, l'entreprise ConEdison est partie prenante au projet. À terme, l'objectif de la New York State Energy Research and Development Authority (Nyserda)439 est de proposer un réseau entièrement décentralisé. Totalement autonome, la communauté gérera le réseau en interne par l'échange de ressources et vis-à-vis du monde extérieur en revendant le surplus local au réseau régional ou national.
Au-delà de la seule idée d'une production locale, c'est un système efficient et à coût faible qui est proposé.
Le système centralisé est dimensionné pour gérer les pics de consommation d'énergie. L'ensemble des installations, réseaux, abonnements sont conçus par rapport aux quelques moments de l'année nécessitant une énergie massive. Le système de particulier à particulier fonctionne inversement. Chacun produit l'énergie nécessaire à la communauté et le système centralisé n'est sollicité qu'en renfort. Dans ces conditions, il n'est pas utile de le surdimensionner.
L'idée de rentabilité des installations est exclue. Chacun des utilisateurs met en place une installation pour son autoconsommation. Les frais généraux générés par cette installation sont les mêmes que l'électricité soit revendue sur le réseau ou non. Le prix est fixé indépendamment de cette notion. Il s'agit de partager la ressource et d'éviter le gaspillage, non de faire un bénéfice. La dimension collaborative prime. Il est satisfaisant de savoir que lorsque je pars en vacances, l'énergie produite sur mon toit alimentera le réfrigérateur de mon voisin440.
La transparence de la blockchain permet une vision partagée de la consommation effective. Elle offre également la sécurité et la fiabilité. Grâce au chaînage, il est impossible de falsifier la consommation. Pour modifier chaque instant de la chaîne, il faudrait hacker chaque maillon simultanément.
Le système pose de nombreuses questions. La poursuite de l'engouement à long terme, le volume échangé par rapport à la consommation totale ou encore le risque que les intérêts économiques supplantent la qualité verte de l'énergie sont autant de points d'interrogation sur le long terme.
Toujours est-il que l'idée d'une consommation verte produite à l'échelle locale de manière autonome, en totale rupture avec la production actuelle, est séduisante et ne manquera pas de faire des émules.
Suivant l'exemple de Brooklyn, Bouygues Immobilier, associé à Energisme441 et Stratumn442, a lancé le premier projet de smart grid français, dans le quartier lyonnais de Confluence443. La Poste, propriétaire d'un parc de panneaux solaires important, étudie également la possibilité de concevoir un smart grid par sa filiale Docapost444. Grâce à la solution développée par TEO445, les consommateurs peuvent choisir le type d'énergie souhaitée (éolienne ou solaire), sa provenance et être informés de l'impact de leur choix de consommation sur la réduction de l'empreinte carbone446. D'autres initiatives pourraient suivre447.